L'Expression

 

 

CULTURE



Roman: ‘‘Terre promise texane’’ de Safieddine Bouali


Oubliez les écrivains qui regardent leur nombril. Plongez dans cet OVNI littéraire dans

notre paysage culturel. Un thriller à la fois scientifique, historique et politique. Et bien

tunisien.

 



Un début en trombe dans les rues de la Médina de Tunis. Près de la Mosquée Zitouna. Une rencontre. Quelques mots, pour happer le lecteur accroché. Démarre alors un suspense haletant qui nous fera voyager de Tunis à El Qods, en passant par le Texas de George W. Bush. On suivra même un interrogatoire en règle dans les locaux de la NSA. Et une fois n’est pas coutume, c’est un Israélien qu’on interrogera…

‘‘Terre promise texane’’ est un roman qui veut s’inscrire dans la lignée des thrillers historiques. Une tendance lancée notamment par des écrivains comme Arturo Pérez-Reverte, avec son ‘‘Tableau du maître flamand’’. Puis ravivée par Dan Brown dans son best-seller international, le fameux ‘‘Da Vinci Code’’. Et voici qu’un Tunisien, Safieddine Bouali, prend le relais et nous lance dans l’aventure.

Nos vieilles ruelles de la Médina mettent sur orbite cette politique-fiction. Avec des touches scientifiques pour pimenter le tout. Autant dire que Bouali a créé une espèce d’OVNI littéraire dans le paysage culturel tunisien. Exit donc le pittoresque de pacotille et l’orientalisme nostalgique de nos francophones cacochymes. Oubliez vos états d’âme, le spleen de la torpeur estivale. Pour plonger dans ce thriller à la fois scientifique, politique et même théologique. Quoi de plus naturel, dans une région où les symboles explosifs sont au centre d’enjeux stratégiques.

L’histoire décolle comme une fusée, avec une navette spatiale au cœur de l’intrigue. Columbia explose en plein vol. Un scientifique israélien n’est pas convaincu par la version officielle. Et si ce n’était pas un accident ? L’enquête est d’abord strictement scientifique. Pour prendre un tour mystique, puis politique.

Le roman en question n’est pas que pure fiction. L’auteur rappelle des vérités historiques, peu connues du grand public. On apprendra par exemple que certains Juifs prient comme les Musulmans, en se prosternant. Et l’auteur va aux racines du sionisme, mettant à contribution les écrits des «nouveaux historiens» d’Israël. Ceux qui ont ébranlé l’Etat sioniste sur ses bases idéologiques. Comme Norman Finkelstein, cet universitaire juif américain mis au ban de l’université pour ses opinions contre la politique ségrégationniste d’Israël. Comme Ilan Pape. Comme Amira Haas, une intellectuelle israélienne qui serait taxée d’antisémitisme si elle travaillait pour un journal français. Bref, tous ces hommes répertoriés sur la SHIT List car considérés comme des Juifs anti-israéliens. On saura donc que les autodafés et les listes noires n’ont pas été inventées par les Arabes.

Autant de raisons qui font de ce livre le dernier missile sol-air dans la guerre israélo-arabe. Bien loin des discours enflammés des uns et des autres. Une logorrhée trop souvent contreproductive, car facilement classable dans l’extrémisme et l’antisémitisme. Notre auteur, lui, est assez fin pour ne pas verser dans la grossière propagande. Les propos sont subtilement dosés, laissant la part belle à des personnages israéliens. Qui en viennent à remettre en question leurs propres convictions. Avec un faisceau de preuves historiques qui s’accumulent au rythme des pages que l’on feuillette. Un argumentaire emballé dans une belle histoire, de quoi faire passer le message (politique) en douceur. Efficace.

On signalera (tout de même) que les digressions historico-politiques prennent parfois un peu (trop) le pas sur l’action. Les précisions et les détails historiques sont certes intéressants, mais on aurait préféré les voir parmi les notes, à la fin du livre. La difficulté aurait été de distiller les informations au fur et à mesure du déroulement de l’histoire. Par petites touches. Sans accorder de (trop) longs monologues à tel protagoniste ou à tel autre. L’intrigue aurait ainsi gagné en densité. Le texte aurait été plus nerveux, plus incisif. Or il traîne parfois en longueur. Un bon éditeur aurait peut-être conseillé l’auteur. Encore eut-il fallu en trouver sur la place…

Ce qui n’enlève en rien au mérite de l’auteur, pour ce premier roman. D’autant plus qu’il a choisi un genre qui brille plutôt par son absence dans le monde arabe. Un genre qui fait pourtant, sous d’autres cieux, le bonheur des libraires. Les plus gros best-sellers ne se trouvant pas nécessairement du côté de la madeleine de Proust. Espérons que Safieddine Bouali ouvrira une voie jusqu’ici peu explorée par les écrivains tunisiens en particulier, et arabes, en général.

 

‘‘Terre promise texane. Sur les traces de Columbia’’, roman de Safieddine Bouali, édité à compte d’auteur, 530 pages, prix : 17 dinars.

 

Oualid Chine
 

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